Rechercher
  • carolinecouronne

Histoire d'une prise de conscience

« Ma mission à l’époque était très claire : j’étais envoyée en reconnaissance à Moscou pour infiltrer un milieu d’affaires dans la sidérurgie, et je devais rencontrer un certain nombre de leaders Russes. Nadune m’est apparue dans ce restaurant magnifique, le Vertsikyi, où je devais rencontrer mon contact. »


Nadune est le nom qui m’est venu en 2005 pour désigner un personnage apparu alors que je vivais une prise de conscience importante, en Russie. Ce que j’ai écrit est retranscris ci-dessous, j’avais alors pris des notes en Anglais, ceci est une traduction.

Depuis, je n’ai eu de cesse d’œuvrer dans deux directions qui sont en cohérence avec le message perçu ce jour-là, et avec respect de cette voix intérieure, que je nomme et représente avec obstination et un bon zeste de folie (dessins, toiles, livre), depuis ce jour. Le texte date du mois d’avril 2005, j’ai depuis créée l’entreprise ABDM pour conduire des investigations dans le monde entier en référence au comportement des entreprises sur le respect de la nature et de l’environnement, et la société Méthode Devenir Soi, en m’appuyant entre autres sur le livre de Jacques Attali, pour recréer les conditions d’une prise de conscience, telle que je l’ai vécue ce jour-là, et d’un développement de soi, libre et en cohérence avec ses propres valeurs.


Bonne lecture


« Ma mission à l’époque était très claire : j’étais envoyée en reconnaissance à Moscou pour infiltrer un milieu d’affaires dans la sidérurgie, et je devais rencontrer un certain nombre de leaders Russes. Nadune m’est apparue dans ce restaurant magnifique, le Vertsikyi, où je devais rencontrer mon contact : Dimitry, trente-trois ans. Mon objectif était de discuter quelques heures, et d’obtenir une relation suffisamment bonne pour être introduite dans son cercle d’amis. J’étais assise face à Dimitry, et je maintenais un contrôle permanent de la conversation, dégustant des noix toastées aux graines de sésame, qu’il prit l’opportunité de me donner directement à manger en les prenant dans ses doigts et les posant délicatement sur mes lèvres. C’est à ce moment exact, au contact de mes lèvres, que Nadune m’est apparue. Elle avait l’air très en colère, et confuse. Perplexe ! Ça je pouvais comprendre, et pour commencer, elle était toute décoiffée, comme si elle arrivait d’une autre planète, en express, sans s’y attendre. Ou peut-être si, elle s’y attendait, mais alors elle n’était pas préparée à ce que ce soit moi ici, avec cet homme. Il y avait de la déception dans son regard, elle qui me suivait depuis toutes ces années.


Elle a gardé son regard translucide posé sur moi, et elle a commencé à faire alterner son regard de moi vers lui, et de lui vers moi, atteignant rapidement un staccato, et je me suis sentie rassurée à ce moment d’être la seule à pouvoir la voir.


“Viens-tu à l’instant de dire à cet homme que tu adorerais aller chasser avec lui ? », m’a-t-elle susurré à l’oreille, me mordant presque, ou était-ce mon imagination ?


Je n’aime pas chasser, Nadune ! En fait, je déteste ça. Mais je le fais pour mon travail, je dois lui faire croire que j’aime son activité, pour qu’il me présente à mes amis chasseurs et hommes d’affaires. Tu comprends ? Ainsi, je serai capable d’exécuter ma mission, et de gagner beaucoup d’argent.


A ce point, j’ai réalisé, qu’il n’y avait plus aucune expression sur son visage. Elle ne comprenait rien, et elle m’agaçait, surtout que, par ailleurs, je commençais à apprécier la compagnie de Dimitry. D’un coup de coude rapide, je l’ai donc évincée, et je me suis remise à écouter les techniques de chasse développées par mon hôte. Je ne savais pas que les chasseurs allaient jusqu’à se cacher dans les buissons et faire semblant d’émettre le cri de la femelle en rut pour attire les mâles. C’est une histoire d’amour au final, la chasse du cerf ! Ainsi, le mâle, naïvement en quête de nourriture dans les forêts gelées de la région de Kemerovo, soudainement attirés par une femelle dissimulée, se retourne, entre dans un buisson, hume l’air, cherche l’odeur attendue d’une partenaire de reproduction, s’arrête, réfléchit, lève la patte avant droite, tourne ses yeux, écoute, se méfie, et … BANG ! Trop tard ! Dimitry sourit, il est content, fier de ses trophées, fier de son histoire, et Nadune à mes côtés, discrète, mais sa tristesse et colère sont lourdes, sur ma poitrine.



Nadune: chasser est mal ! Tuer pour le plaisir est barbare.

Moi : mais il y a trop de cerfs dans la région, et c’est la même chose pour les sangliers, les renards et les ours.

Nadune : tu veux dire, que cet homme, tue aussi des ours !

Dimitry : oui bien sûr ! J’adore la chasse à l’ours ! En Kamchatka, il y a des ours de plus de trois mètres de haut !

Moi : est-ce qu’il y a des grizzly ?

Dimitry : le grizzly est juste un autre nom pour décrire un gros ours. En gros, autour de Moscou, il n’y a pas de Grizzly, mais en Kamchatka où je pars le weekend prochain, il y aura des grizzlys.

Nadune (horrifiée) : mais comment est-il possible qu’une personne trouve du plaisir à tuer un animal ?

Moi : si je t’explique d’où vient le plaisir, cela ne t’aidera pas beaucoup, puisque tu trouves que c’est mal de tuer pour le plaisir de toute façon.

Dimity : ça me fait me sentir plus encore un homme ! En Russie, un homme doit être un bon chasseur. C’est la tradition !

Nadune: pourquoi aurais-tu besoin de te sentir plus un homme ? Qu’est-ce que cela va t’apporter et à ton monde ?

A ce point, j’ai pris Nadune par le bras, et je me suis excusée auprès de Dimitry.

Moi : Nadune, si ton intention est de gâcher tout mon projet, il vaut mieux que tu disparaisses ce soir. Je travaille ici. Et cette conversation va dans une direction qui va détruire tout le lent travail que j’ai mis en place depuis des semaines !

Nadune: je ne comprends toujours pas pourquoi cet homme a besoin de se sentir plus un homme et de tuer des animaux innocents en faisant de faux bruits de femelles en rut.

Moi : les hommes dans notre monde, doivent toujours prouver qu’ils sont plus forts que les autres. Tu le vois dans leur travail, leurs bureaux, même leur sport. Mais tu le vois surtout dans leur travail. Tu vois, aujourd’hui, le monde entier est conduit par quelques hommes qui contrôlent de larges multinationales, et les grands pays.

Nadune : et les femmes? Je suis allée à des endroits où les femmes sont battues par leurs maris, ou même par leurs fils. J’ai vu des filles tuées par leurs pères pour avoir choisi librement l’homme avec qui elles voulaient des enfants.

Moi : probablement l’homme qu’elles aimaient réellement.

Nadune: « aimaient » ?

Moi : ma belle Nadune, tu as tant de travail, et je, …, attends, donne-moi une minute, je vais dire au-revoir à Dimitry, je le verrai une autre fois.

A ce moment, je me suis levée de notre petite table, j’ai laissé Nadune, une expression d’étonnement sur le visage, qu’elle dissimulait derrière une bougie orange, elle avait l’air d’un ange, perdue sur des coussins rouges. Elle avait l’air si fragile, j’avais de la peine de la laisser, même quelques instants, comme une frêle enfant.

J’ai traversé le restaurant comme un souffle, embrassé mon chasseur russe sur les deux joues, et je me suis préparée à partir. Quand je suis revenue près de Nadune, elle avait disparue. Mais je savais qu’elle saurait où me trouver ».


76 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout